samedi 19 février 2011

Classe de style

Ils font un exercice de "style", ou de sens plus probablement, je ne sais, auquel je ne comprends rien et ne comprendrai jamais rien; ils le font sous prétexte qu'"après le grands parti, ce qui remporte le plus de voix est le petit parti: les royalistes."Il s'agissait de prendre des extraits de textes littéraires et d'y remplacer tous les sujets par "quelque chose de royal"; ou seulement un des sujets, le plus important. Je ne saurais si à présent, après coup, après les avoir longtemps entendus discuter à ce sujet, j'en suis moi-même capable. Essayons:
  "Cet ancien commis-voyageur, à la tête d'un théâtre en faveur, trompait sa commandite, il la considérait comme une femme légitime." (Balzac)
  "Cet ancien dauphin, parvenu au trône d'un Etat riche et prospère, trompait son peuple, il le considérait comme sa propre reine légitime."
  Décidément cet exercice est bien impossible; et bien inintéressant aussi mais peut-être que je dis cela par dépit, car la bonté avec laquelle ils m'accueillent ressemble trop alors à une simple et perfide charité.

lundi 7 février 2011

Les bagages

C'est ça, ouvrir un jour d'une main faussement assurée, souhaitant être assurée, une valise d'une hauteur, d'un volume qui laisseraient supposer quelque chose d'énorme, et qu'on ne peut pas soulever à cause de sa masse -ou de la seule impression qu'elle dégage, après tout-; et en extraire sans difficulté un minuscule coton-tige, ou quelque chose d'autre, qui peut d'ailleurs être ou du moins paraître sur le moment extrêmement utile mais, par sa solitude ricanante et fossile dans l'immensité grotesque de la valise, répugne et  livre aussitôt à un désespoir très subit, très poussiéreux. Ce n'est d'ailleurs peut-être qu'une impression passagère. Il n'empêche qu'elle existe et sa présence, puis son invincible souvenir, invincible par sa singularité dans le meilleur des cas, continueront de peser; c'est ainsi de partir en ayant tout et de sentir tout à coup que jamais on ne partira.

vendredi 28 janvier 2011

Passez par la porte

Les portes; elles sont en quelques circonstances des ouvertures et, la plupart du temps, ce ne sont que des murs bêtes et simples. Et il me faut croire que ce sont des ouvertures, que, si je le voulais, elles pourraient toujours l'être, qu'elles ne le sont pas toujours uniquement pour me protéger des ennemis et des épidémies.
   Toi, dont le loisir est de condamner les portes par des bandes de plastique: pour qui te prends-tu? Pour qui se prendre? Pour qui voulez-vous que tu te prennes? Croit-il donc qu'il possède chez lui la vérité, la seule ouverture donnant sur le vrai jardin, ou la vraie rue, ou même la vraie mort? Et même si tel était le cas, on pourrait lui dire: bravo, félicitations, et s'en tenir là car il y en a beaucoup d'autres, beaucoup trop pour qu'il soit possible de toutes les essayer; beaucoup trop pour qu'aucune ne donne sur quelque chose d'appréciable; voire même de supérieur à la prétendue découverte de l'insolent. Qu'on en trouve une sans plus tarder, qu'on trouve tout de suite une perle du genre, et la plus rare possible, pour pouvoir dire au stupide petit prétentieux: "Ah, je déteste les fanatiques dans ton genre!" Autrement, avant une telle découverte, il est tout aussi possible et vrai de lui dire la même chose, mais ce passera trop évidemment pour de la jalousie.
   Le pire est quand même d'ouvrir une porte au hasard, même si elle ouvrait sur les plus hauts niveaux de la sagesse; et cela je ne le dis que par dépit peut-être, sans pouvoir plus rien atteindre que ce qui se présente devant moi, de quelque côté que je me tourne; tout comparable, passable, ne serait-ce que parce que je l'ai sous les yeux; quoi même qu'après une seule de ces portes en nombre infini, il se trouve encore une infinité de portes; une autre infinité, bien distincte; et que peut-être il en est ainsi tout le long -mais si l'on se fixait pour objectif de tout franchir, alors on ne verrait plus les merveilles que l'on traverse; l'espace, qui est quand même un espace, qui peut être extrêmement vaste, qui sépare deux portes. Et alors on ne verrait plus que celles-ci. Evidemment, on ne voit plus non plus alors passer l'infini des steppes pleines d'accidents de terrain, on ne voit plus ses pieds saigner et pourrir ni ses cheveux toomber ni son nez se creuser ni sa tête se vider du peu qu'elle contient; on sent par contre certainement le désespoir prendre la place qu'occupaient autrefois en proportions variées la connerie et le fol espoir.

mercredi 26 janvier 2011

Il y a du bruit dans la pièce d'à côté, du bruit très massif, très encombrant; et pourtant, si je me hasarde à briser l'instable silence que je me garde jalousement dans cette pièce pour moi-même, si je le brise moi-même, et pour une chose aussi absurde que réclamer le silence, alors le bruit, laissé en suspens dans l'espace devenu dix fois plus vaste, semble redoubler; il ne me laisse plus que le mordant désir de fermer la porte, en la claquant même avec sauvagerie; désir d'autant plus mordant que de porte, il n'y en a pas!

dimanche 23 janvier 2011

Rectificatif

Je ne sais si cela sera lu; ou peut-être que je suppose que ce ne le sera pas, à défaut je l'espère et j'aimerais mieux que cela ne le soit pas, mais qu'il en reste encore la possibilité dans l'infini, que ce soit lu, qu'un jour, par un hasard extravagant. Bref, quelque chose devait être tiré au clair. Il a été cru par certains qui peut-être le croient encore, et je ne peux rien faire pour le démentir, que Monsieur et moi-même étaient la même personne. Sans contredit, s'il y a parmi nous deux au moins un qui n'existe pas, c'est sans doute moi-même. Je me suis dit un jour, un matin, mais c'était la fin d'un vaste débat, que vraiment je n'étais personne; que ce que du moins l'on voyait de moi oh! peu de chose, était infiniment plus suffisant que je ne l'imaginais. Peut-être est-ce le cas pour bien des gens. Disons, si l'on aime les métaphores un peu grandiloquentes, que je suis resté à l'état de chose en puissance; que je n'existe du moins pas encore et que cela ne se décidera jamais à se commencer; peut-être dans l'optique où cela ne pourra jamais être terminé. Actuellement, je suis donc immortel comme les acariens; potentiellement immortel comme le néant. J'aimerais être une mouche, ou plutôt j'aimerais être les mouches. Comme on dit, les squelettes sont légers. Aussi toutes mes excuses pour ce malentendu même s'il peut n'avoir eu aucune incidence sur la marche du monde, comme le suicide d'une souris, et vous prie d'agréer, toutes les personnes, l'expression sincère de la sincérité avec laquelle j'ai l'honneur d'être encore votre très humble et dévoué serviteur.

mardi 18 janvier 2011

La salle obscure

Il devait être très tard, j'étais seul dans le bâtiment immense, labyrinthe livré aux ténèbres de la nuit, lorsque je sortis d'une salle obscure. Quoique le terme de "salle obscure" soit pourtant un peu abusif, car la salle était ouverte, par deux portes, sur le couloir qu'emplit toujours, surtout à cette heure, une puissante lumière électrique.
   Comme je sortais, je vis, sortant par l'autre porte, à vingt pas de moi, une personne. Elle me demanda d'un ton offusqué, presque choqué, ce que je faisais dans cette salle obscure, à cette heure. Bien sûr, je ne pouvais pas lui répondre. J'ignorais même pourquoi cette personne elle-même avait été dans cette salle, toute proche de moi, plus proche de  moi que toute autre chose, et invisible cependant. Tout ce que je pus répondre fut ce que je n'avais pas remarqué sa présence, à cause de l'obscurité sans doute; conséquemment je m'excusai et la personne disparut après m'avoir adressé un regard satisfait plein de reproche et de défiance comme pour me prouver qu'elle n'avait pas peur, ni du noir, ni de moi-même.

mardi 4 janvier 2011

Portrait d'un ver

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Le ver est un ami admirable: même s'il est votre ami, ou même si vous ne voulez pas qu'il le soit, il vous sera toujours redevable de quelque chose que vous n'aurez pas forcément l'impression d'avoir perdu ou de lui avoir donné (ce qui pour certains revient au même). De plus même si vous le lui demandez, que vous l'implorez, en bref que vous voulez le faire sentir important, il ne le sera jamais et n'osera jamais vous déranger. A bon entendeur salut.